Les migrations internationales : quels enjeux ? Voici une fiche pour comprendre les notions les plus importantes.

Définitions clés des migrations internationales
L’étude des migrations internationales est essentielle pour comprendre les mobilités humaines transnationales actuelles. En effet, la migration internationale désigne le déplacement d’une personne franchissant une frontière internationale pour s’installer dans un autre pays. Pour une durée significative. Ainsi, on distingue l’émigration (quitter son pays d’origine) et l’immigration (s’établir dans un pays d’accueil).
Les différentes catégories de migrants
Il est crucial de bien distinguer les différents profils au sein des migrations internationales :
- Le réfugié est une personne qui, craignant avec raison d’être persécutée pour des motifs de race, de religion, de nationalité, d’opinions politiques ou d’appartenance à un certain groupe social, se trouve par conséquent hors de son pays et ne peut pas y retourner. Cette définition est issue de la Convention de Genève de 1951, texte fondateur du droit international des réfugiés, signé par 149 États.
- Le demandeur d’asile est une personne ayant déposé une demande de protection internationale dont le statut de réfugié n’a pas encore été reconnu officiellement par les autorités du pays d’accueil. Durant l’instruction de sa demande, il n’est pas encore juridiquement un réfugié.
- Le migrant économique quitte son pays principalement pour des raisons économiques. On peut imaginer pour la recherche d’emploi, meilleures conditions de vie. Enfin, il se distingue juridiquement du réfugié, même si cette frontière est souvent poreuse en pratique, notamment pour les migrants qui fuient à la fois la pauvreté et l’instabilité politique.
- La diaspora désigne une communauté de personnes issues d’un même pays ou d’une même origine. Ensuite, elle est dispersée à travers le monde tout en conservant des liens culturels, économiques ou identitaires avec leur pays d’origine. Exemples : diaspora marocaine, indienne, ukrainienne.
Attention : ne pas confondre réfugié (statut juridique précis, protégé par le droit international) et migrant (terme générique). Les migrants climatiques ne sont pas encore reconnus par la Convention de Genève – c’est un enjeu majeur des débats contemporains.
Les chiffres clés des migrations internationales
Selon l’ONU, on comptait 281 millions de migrants dans le monde en 2020. Soit 3,6 % de la population mondiale. Le HCR recense en 2023 plus de 110 millions de personnes déplacées de force dans le monde, dont 35 millions de réfugiés officiellement reconnus. Ces chiffres sont en hausse constante depuis une décennie, sous l’effet des conflits, des crises climatiques et des inégalités économiques.
Un fait souvent méconnu : 80 % des migrations s’effectuent entre pays du Sud, ou à l’intérieur d’une même région géographique. Les flux Sud-Nord, très médiatisés, restent minoritaires à l’échelle mondiale. Les migrations résultent d’une combinaison de facteurs de répulsion (push), qui poussent à quitter son pays, et de facteurs d’attraction (pull), qui attirent vers un pays d’accueil. Plusieurs facteurs expliquent l’augmentation des migrations internationales actuelles.
Les facteurs de répulsion (push)
- La pauvreté et le chômage structurel dans les pays d’origine.
- Les conflits armés et les persécutions politiques ou religieuses.
- Les catastrophes naturelles et les effets du changement climatique (montée des eaux, sécheresses, cyclones).
- L’instabilité politique et l’absence de perspectives d’avenir.
Les facteurs d’attraction (pull)
- Les opportunités économiques et la demande de main-d’œuvre dans les pays d’accueil.
- Les libertés politiques et la protection sociale offertes par les États de droit.
- Le regroupement familial et les réseaux de diasporas déjà installées.
- La qualité des services publics (éducation, santé).
Exemples : Les migrations climatiques comme au Bangladesh, sur les îles Tuvalu et Kiribati font face à la montée des eaux. La Banque mondiale estime à 216 millions le nombre de migrants climatiques internes d’ici 2050. Ces flux remettent en question le cadre juridique actuel qui ne prévoit pas de statut spécifique pour ces populations.
Les migrations liées aux conflits comme la guerre en Syrie (depuis 2011) a produit 6,6 millions de réfugiés, majoritairement accueillis dans les pays voisins (Turquie : 3,6 millions, Liban, Jordanie). L’invasion russe de l’Ukraine en 2022 a généré en quelques semaines 8 millions de déplacés vers l’Union européenne.
Le cadre et enjeux des migrations internationales
Le cadre légal
- La Convention de Genève (1951) et le Protocole de New York (1967) : Texte fondateur du droit international des réfugiés et signée par 149 États.
- Le HCR (Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés) : Agence de l’ONU créée en 1950, le HCR est chargé de protéger les réfugiés et de faciliter les solutions durables. Comme le retour volontaire dans le pays d’origine, intégration locale dans le pays d’accueil, ou réinstallation dans un pays tiers.
- Le Pacte mondial sur les migrations (2018) : Adopté à Marrakech par 152 États, ce Pacte constitue le premier cadre global pour des migrations « sûres, ordonnées et régulières ». Il reconnaît les droits des migrants et promeut la coopération internationale.
Tension centrale à retenir : le droit international protège les réfugiés. Mais la souveraineté des États leur permet de contrôler leurs frontières et de définir leurs politiques d’immigration. Cette tension est au cœur des crises migratoires contemporaines.
Les enjeux géopolitiques des migrations internationales
Les principaux foyers de tension migratoire :
- La Méditerranée est la route migratoire la plus meurtrière du monde. Avec plus de 28 000 morts recensés depuis 2014 selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Elle constitue donc le principal point de passage entre l’Afrique subsaharienne, le Maghreb et le Moyen-Orient d’un côté, et l’Europe de l’autre.
- La frontière USA-Mexique (3 200 km) concentre les flux d’Amérique centrale et du Mexique vers les États-Unis. Elle est au centre des débats politiques américains sur la construction d’un mur et les politiques d’expulsion.
- La crise des Rohingyas illustre par ailleurs, les migrations forcées liées aux persécutions ethniques. 800 000 membres de cette minorité musulmane de Birmanie ont fui vers le Bangladesh. Par conséquent, la Cour internationale de justice (CIJ) a été saisie en 2019 pour génocide.
- La crise ukrainienne (2022) a provoqué le plus grand déplacement de populations en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. 8 millions de réfugiés accueillis en quelques semaines dans l’UE. Cette crise a révélé un traitement inégal des réfugiés selon leur origine, soulevant des accusations de double standard.
L’externalisation des frontières : Face aux pressions migratoires, de nombreux États ont développé des politiques d’externalisation consistant à déléguer le contrôle des frontières à des pays tiers, souvent en échange de compensations financières. De plus, L’Union européenne finance la Turquie à hauteur de 6 milliards d’euros (accord de 2016) pour retenir les migrants sur son territoire. La Tunisie et la Libye reçoivent des fonds européens pour bloquer les départs vers l’Italie. Le Royaume-Uni a signé un accord avec le Rwanda (2022) pour y envoyer les demandeurs d’asile. Ces pratiques font l’objet de vives critiques de la part des ONG et des institutions de défense des droits humains, qui y voient une violation du droit d’asile.
Les politiques migratoires des États
Les États adoptent des politiques migratoires très diverses, reflétant leurs intérêts économiques, leurs orientations politiques et leurs contraintes démographiques. La France distingue migration « subie » et migration « choisie ». Elle cherche à attirer des travailleurs qualifiés via des titres de séjour spécifiques (passeport talent), tout en durcissant le contrôle des flux non qualifiés. La loi immigration de 2024 illustre les tensions politiques internes autour de cette question.
L’Allemagne a incarné la Willkommenskultur (« culture de bienvenue ») en 2015-2016, accueillant plus d’un million de réfugiés syriens. Face aux réactions politiques internes, elle a progressivement durci sa politique migratoire, tout en maintenant un cadre d’intégration plus structuré que ses voisins.
La Hongrie a opté pour une politique de fermeture totale. La construction d’un mur aux frontières serbe et croate (2015), refus des quotas européens de répartition des réfugiés. Cette position, défendue par Viktor Orbán (jusqu’en avril 2026) au nom de la souveraineté nationale et de l’identité chrétienne européenne, a conduit à des conflits répétés avec les institutions de l’UE.
L’Australie applique la politique dite du « Pacific Solution ». Ainsi, les demandeurs d’asile arrivant par la mer sont internés dans des centres offshore sur les îles de Nauru et Manus (Papouasie-Nouvelle-Guinée), sans possibilité de s’installer en Australie. Cette politique est régulièrement condamnée par les défenseurs des droits humains.
Liens avec les autres thèmes du programme
Lien avec les frontières : la multiplication des murs (USA-Mexique, Hongrie, Inde-Bangladesh, Maroc-Ceuta) illustre directement le thème de la multiplication des frontières. Paradoxe de la mondialisation : les frontières s’ouvrent pour les marchandises et les capitaux, mais se ferment pour certains flux humains.
Lien avec la souveraineté des États : le contrôle de l’immigration est une expression majeure de la souveraineté nationale. La tension entre le droit international des réfugiés (Convention de Genève, HCR) et les politiques nationales illustre les limites de la souveraineté westphalienne dans un monde globalisé.
Lien avec le développement durable : les migrations climatiques seront l’un des défis majeurs du XXIe siècle. Par ailleurs, les transferts de fonds des diasporas vers leur pays d’origine (remittances : 831 milliards de dollars en 2022 selon la Banque mondiale) constituent une source de financement du développement supérieure à l’aide publique au développement.
Lien avec les puissances : les migrations sont un levier de puissance. La Turquie utilise la menace migratoire comme outil de pression sur l’Union européenne. Les États-Unis attirent les cerveaux du monde entier (brain drain), ce qui constitue un avantage compétitif majeur. La Chine instrumentalise ses diasporas à des fins de soft power.
En résumé, les migrations internationales sont un phénomène complexe qui redéfinit la souveraineté des États.
L’essentiel à retenir :
- Les migrations sont un phénomène mondial ancien. Notamment amplifié par la mondialisation et les crises (guerres, dérèglement climatique).
- La distinction réfugié / migrant économique / demandeur d’asile est fondamentale juridiquement. C’est elle qui conditionne l’accès au droit d’asile.
- La Convention de Genève (1951) et le HCR structurent le droit international des réfugiés, mais leur champ est limité et ne couvre pas les migrants climatiques.
- La Méditerranée est la route migratoire la plus meurtrière du monde ; l’externalisation des frontières est la réponse controversée adoptée par les États européens.
- Tension fondamentale : droit international vs souveraineté des États. Les États peuvent refuser des réfugiés malgré leurs engagements internationaux.
- Les migrants climatiques représentent un défi juridique majeur non résolu : ils ne bénéficient d’aucun statut protecteur dans le droit international actuel.
- Les diasporas jouent un rôle économique considérable dépassant l’aide publique au développement.
Si tu veux plus de connaissances, viens sur Artemis.fr, notre site de cours en ligne !